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Gerris immortels chez Valery Larbaud


« Un jour Marcel découvrit la mer intérieure, le bassin. [...] Après bien des pourparlers, il fut convenu que le port principal (l'escalier qui descend dans l'eau) lui appartiendrait. Alors, il s'y installa et passa des heures à explorer les eaux des cette mer mystérieuse. A la surface flottaient ces insectes qui sont faits d'un trait horizontal porté sur six minces pattes. Ce sont peut-être des bâtons d'écriture qui se sont échappés des cahiers de l'école. Ils savent bien leur système métrique, et ne manquent jamais de l'appliquer : même lorsqu'on les poursuit, ils n'oublient pas de compter les centimètres qu'ils parcourent à la surface de l'eau. Ils sont invulnérables et probablement immortels : vous avez beau soulever une tempête autour d'eux pour les noyer : pendant que vous agitez encore votre bâton dans un remous de vase, toute leur tribu est déjà de l'autre coté du bassin, occupée à mesurer la portion d'eau calme qui lui reste. »
Valery Larbaud, « La Grande Époque » in Enfantines, 1918.

Contemplation (révélation ?) gerritique chez Pierre Bourgeade


"Sur le chemin du retour, comme elle longeait les étangs, allant en direction de Versailles, elle prit sur sa droite un chemin de terre et stoppa près d'une barrière. Elle alla s'asseoir sur un banc de bois. Pas un bruit. En plein soleil, l'étang brillait comme une plaque d'acier. A un mètre d'elle, entre les ajoncs, elle remarqua une araignée d'eau, qui, de temps en temps, faisait de vifs mouvements, agitant violemment ses membres frêles et symétriques sans pouvoir avancer contre le courant".
Analyse et commentaire : La description de l'épiphanie gerritique est pour une fois remarquable et précise. C'est extrait de "Ca n'arrive qu'au mourant", de Pierre bourgeade (Ed. La Branche, coll. Suite Noire, oct 2008) et à ce stade de l'action, sans que l'auteur ne s'étende davantage par la suite, l'apparition gerritique prend tout son sens dans cet excellent petit roman. On aurait toutefois aimé un développement des conséquences pour le personnage de cette contemplation gerritique soudaine. Le roman est court, et donc le volume consacré à la scène en devient important. Il y avait forcément envier de signifier la contemplation, mais cela n'a pas été fait. Par manque de bases sur la science de la contemplation gerritique ? Celle-ci reste donc dans cet ouvrage à un stade embryonnaire que l'on qualifiera de sensible instinctif. A la fois bravo... et dommage d'être passé à côté.

Excellent et drôle article extrait de l'horoscope "Astro-Astro" de Miranda Mirette sur le site "Noir comme polar"

"Pour vous, les hommes
Contemplation / Raideur de la nuque

Vous vous perdrez entre la nouvelle politique ecclésiastique de Benoît XVI et la bling-blinguerie de Je-vous-le-dis-comme-je-le-pense-deux-et-deux-font-cinq et ne saurez plus où vous en êtes. Mais vers quoi tendre ? Rassurez-vous. Miranda Mirette sera là pour vous. Vous chercherez une nouvelle tendance et vous la trouverez dans, prenez votre souffle : Comment les araignées d’eau donnent un sens à l’existence et pourquoi il faut répandre la contemplation gerritique©. L’auteur, Francis Mizio, natif de Mouilleron-le-Captif, un homme qui rit cauteleusement entre les lignes, frappera fort dans votre quotidien morne, gris, insipide et transparent. Salutaire, il vous fera comprendre l’alliance du sancerre et des araignées d’eau, de la promenade digestive et de la révélation, de la littérature et des femmes : « C’était alors dans les volutes bleues des cigarettes et les yeux dans le vague, que nous embrayions sciemment sur des sujets de conversation inoffensifs pour nos raison et confort quotidiens. Principalement les femmes et la littérature, seuls domaines d’exploration qui méritent une attention passionnée dans cette vallée de larmes. Nos échanges reprenaient alors d’abondance, sereinement. Nous avions toujours beaucoup à nous raconter sur ces sujets – surtout Jean-Louis qui lite beaucoup moins que moi ». Contempler les gerris, même totalement pétés apporte la seule et unique preuve de notre existence, la seule question à se poser, à savoir, ne serions nous pas que des humains patineurs qui surfons sur l’eau sans avancer ? De là, viendra votre envie à contempler ces bêtes, que dis-je, ces êtres, à un tel point que vous sentirez votre nuque se raidir, ne rêvez pas, il n’y a là rien de sexuel, et votre sang s’engourdir (ha, vous voyez bien !). Une technique new age fondamentalement in et feng shui qui révolutionnera votre vie, qui, il est vrai, avait tendance à s’encroûter, reconnaissez-le ! Vous allez me dire, je le sens, quoi de polar là-dedans ? Rien, je vous l’avouerai sans peine, mais, reconnaissez-le, quand un auteur polar change votre vie à ce point, ne faut-il pas lui reconnaître, à défaut de la légion d’honneur que nous ne pouvons, à notre grand regret, pas lui accrocher à son veston, d’avoir apporté, dans ce petit monde du polar, un peu de ce qui lui manque, à savoir, de l’humanité ? Francis Mizio est grand et ADK éditeur arrive à lui passer du gel dans les cheveux (Les Contrebandiers éditeurs)."

Toute les chroniques "Poissons" ici issues du site Noir comme Polar.

Gerris chez les frères Goncourt


"Mais Marthe a oublié le ruisseau. Tout à fait penchée elle regarde dans l'eau. Son regard est tout entier à ces milliers de petits poissons, milliers d'épingles noires, qui se sauvent de tous côtés et se battent contre le courant, la queue toujours allant. Il suit la feuille du peuplier, la feuille du saule, qui vont et roulent lentement entre deux eaux, leur ombre allant devant elles au fond de l'eau ; ou bien l'araignée d'eau qui patine au milieu des cercles qui vont toujours s'élargissant autour d'elle."
Jules et Edmond de GONCOURT, Charles Demailly (1860), p. 292


Citation communiquée par Jean-François Crétaz, Grand Contemplateur Gerritique niveau VI

Gerris chez Oscar Milosz

"Philomèle souffle ses bulles d'âme aux couleurs de larmes et de sang ; l'amoureuse vipère quitte son réduit horrible, se dresse et vient tendre une oreille avide ; la brise se réveille, le pollen vole en baisers duvetés et fécondants ; la coccinelle allume sa lanterne ; l'araignée d'eau au coeur du nymphéa, poursuit son bien-aimé velu ; le barde accorde son luth dans la tour du nord ; Pinamonte presse à deux mains son coeur rapide de fou ; et dame Gualdrada, un fichu argenté sur sa bosse sautillante, court à la lucarne et braque sur le vieux port nébuleux la longue-vue du boucanier qu'elle ne doit plus revoir…"
Oscar MILOSZ, L'Amoureuse initiation (1910), p. 184-185

Citation communiquée par Jean-François Crétaz

Gerris chez Robert Sabatier

"Une libellule volait comme un modèle réduit d'avion, une araignée d'eau se laissait dériver, puis courait, légère, en faisant de minuscules vaguelettes.'
Robert SABATIER Robert, Les Noisettes sauvages (1974), p. 174

Citation communiquée par Jean-François Crétaz

Gerris chez Elie Faure

"Il a vu, dans les vols rigides, s'allonger les cous, et les yeux ronds clignoter au ras des têtes plates et les becs spatulés ou pointus repasser les plumes vernies. Il a décrit les cercles concentriques que font les araignées d'eau sur les mares, il a découvert l'attente des roseaux quand le vent va se lever, l'agitation que l' action des rosées et le voisinage des sources donnent aux graminées et aux fougères."
Élie FAURE , Histoire de l'art : L'Art médiéval (1912), p. 214

Citation communiquée par Jean-François Crétaz

Gerris chez Bernard Clavel

"En dessous, le Doubs était calme. Entre les feuilles de nénuphars, de grandes araignées d'eau couraient. Julien enjamba des ronces et prit pied sur un emplacement étroit où la terre piétinée était plus dure."
Bernard CLAVEL, La Maison des autres (1962), p. 379

Citation communiquée par Jean-François Crétaz.

Gerris dans "La Pensée sauvage" (1962) de Claude Lévi-Strauss


Jean-François Crétaz, Contemplateur Gerritique niveau IV 1/2, a déniché cette remarquable piste cosmogonique dans "La Pensée sauvage" (1962) de Claude Lévi-Strauss, où il est donc question d'araignées d'eau :

"[...] quand les premiers hommes apparurent sur la terre (d'après cette version, venus du ciel ; une autre version (Dorsey, 1) les fait venir du monde souterrain), ils se mirent en marche dans leur ordre d'arrivée : d'abord les gens de l'eau, puis ceux de la terre, enfin ceux du ciel (La Flesche 2, pp.. 59-60) ; mais, comme ils trouvèrent la terre couverte d'eau, ils firent appel, pour les guider vers des lieux habitables, d'abord à l'araignée d'eau, puis au dytique, ensuite à la sangsue blanche, enfin à la sangsue noire (id.., pp.. 162-165)."

Gerris chez Jean-Baptiste Lamarck la page 301 de sa "Philosophie zoologique" (1809)


Une citation gerritique de Jean-François Crétaz, contemplateur gerritique de niveau IV + 1/4 :

"Ordre iiie insectes emiptères.
Bec aigu, articulé, recourbé sous la poitrine, servant de gaîne à un suçoir de trois soies. Deux ailes cachées sous des élytres membraneux ; larve hexapode ; la nymphe marche et mange.
Dorthésie, cochenille, psylle, puceron, aleyrode, trips, cigale, fulgore, tettigone, scutellaire, pentatome, punaise, coré, réduve, hydromètre, gerris, nepa, notonecte, naucore, corise."

Gerris chez Bernardin de Saint-Pierre dans les "Études de la nature : tome 3" (1784), pages 28-29


Une citation gerritique rapportée par Jean-François Crétaz, contemplateur gerritique de niveau IV :

"Qui a appris à la punaise aquatique à glisser sur les eaux, et à une autre espèce de punaise à y nager sur le dos ; l'une et l'autre pour attraper la proie qui voltige à leur surface ? L' araignée d'eau est encore plus ingénieuse. Elle environne une bulle d'air avec des fils, se met au milieu et se plonge au fond des ruisseaux, où sa bulle paroît comme un globule de vif-argent. Là, elle se promène à l'ombre des nymphaeas, sans rien craindre d'aucun ennemi. Si, dans cette espèce, deux individus de sexe différent viennent à se rencontrer, et se conviennent, les deux globules rapprochés n'en font plus qu'un, et les deux insectes sont dans la même atmosphère. Les romains, qui construisoient sur les rivages de Bayes, des salons sous les flots de la mer, pour jouir de la fraîcheur et du murmure des eaux dans les chaleurs de l'été, étoient moins adroits et moins voluptueux. Si un homme réunissoit en lui ces facultés merveilleuses qui sont le partage des insectes, il passeroit parmi ses semblables pour un dieu."

Où l'on découvre donc que Bernardin de Saint-Pierre s'adonnoit déjà à la contemplation gerritique ! L'allusion aux Romains est-elle directement adressée à travers les siècles aux bâtisseurs du pont de Pierre-Perthuis auquel il est fait référence (puisque lieu inventeur des enseignements gerritiques) dans mon ouvrage ? C'est pour le moins troublant...

Gerris chez Léon Werth

Lu par Christian Dufour (GCGN3 - Grand Contemplatif Gerritique Niveau 3) dans Cochinchine, de Léon Werth :

"Le bateau quitte le Mékong et s'engage dans l'arroyo qui, dès Sadec, se rétrécit. On est tout près des rives. On passe entre deux forêts "tropicales" [...] Aussi légères que des insectes d'eau, glissent des pirogues au bec pointu où pagayent des femmes." p. 164-165

"A nouveau la barque glissa dans l'arroyo encaissé. Bientôt elle fut dans le fleuve, bientôt elle glissa sur une sorte d'immensité fluviale. Une marchande, sur une barque étroite comme une périssoire, glissa jusqu'à nous comme une araignée d'eau." p.186